Ombres et lumières portées sur sa vie ou comment expérimenter le coaching des hauteurs ?
Ce n’est pas en regardant la lumière que l’on devient lumineux, mais en plongeant dans son obscurité. Carl Gustav YUNG
Cette citation propose de plonger dans notre monde intérieur en partant de la réflexion qu’il n’est pas utile de mettre son énergie sur l’inventaire de ce qui va bien en nous, de nos ressources, mais plutôt sur les bénéfices de nos cassures, des fêlures de notre vase personnel. Je vous propose un autre regard qui choisit plutôt de se pencher sur ce dialogue interne. C’est le choix précisément du coaching.
Viktor Emil Frankl (1905 – 1997), psychiatre et neurologue autrichien, nous aide à appréhender cette vision en proposant une psychologie des hauteurs, en résonance avec la psychologie des profondeurs, la psychologie classique qui porte le regard sur le passé, les coulisses de notre histoire, l’explication du présent par le “pourquoi” des choses, la recherche des causes. Le parti pris est ici d’utiliser le dézoom de notre caméra interne pour, au contraire, prendre de la hauteur sur notre vie et ses événements, comme si l’on montait d’un cran par rapport au niveau habituel et logique pour se positionner au-dessus de sa propre vie et explorer le panorama qui s’offre à nous. C’est un choix de focus sur le seul présent sans interférence ni du passé ni du futur. Seules ses finalités sont intéressantes à regarder en balayant les ombres et lumières.
Une part importante de nos congénères n’est pas consciente qu’elle possède une vie intérieure. Par conséquent, elle ne croit pas qu’un monde intangible existe, grâce auquel un infini d’apprentissages est possible pour grandir tous les jours un peu plus. L’ombre personnelle est non seulement cette méconnaissance de cet univers intérieur mais aussi l’incapacité, le déni ou la résistance à vouloir l’appréhender pour découvrir ce qu’elle peut nous apprendre sur nous, sur nos défauts, nos erreurs, nos jugements. Et, c’est compréhensible parce que la prise de hauteur n’est pas si évidente, elle suppose des efforts et une mise de côté de son égo pour balayer le regard, et notre projecteur intérieur, sur nos comportements afin de les passer au crible de l’analyse objective :
- Quelle est la finalité de ce comportement dans mon présent ? Qu’a-t-il créé ? De quoi me protège-t-il ? A quelle crainte me permet-il de ne pas me confronter ?
- Y aurait-il un bénéfice secondaire à son maintien ? Se pourrait-il que ce comportement ait une intention positive à mon égard justifiant que je ne le règle pas ?
Ce 2ème niveau de lecture a bien pour but de s’intéresser au comment ce comportement gênant perdure et non au pourquoi il est apparu. Comment il peut même être la seule réponse possible à cet instant ? L’idée est d’identifier les mécanismes inconscients à l’oeuvre par lesquels le système se met en place autour de soi et le film se tourne malgré nous.
“La vérité n’est pas ce qui nous arrive mais ce que nous faisons avec ce qui nous arrive.” Aldous Huxley
Admettons que je rencontre une vraie paralysie à l’idée de changer de travail alors même que je suis persuadée, au fond de moi, que je suis capable de faire autre chose et de m’épanouir ailleurs. Le problème est mon blocage à bouger, à tenter quelque chose.
- La finalité de ce blocage est sans doute de me protéger d’un inconnu risqué et forcément aléatoire. J’ai alors choisi de créer en moi une paralysie évocatrice d’une baisse de confiance en mes ressources Et le scenario est bien huilé ! Comme je n’ai pas confiance en moi, c’est bien légitime que je ne tente rien… C’est à ce moment qu’il peut être utile de me remémorer tous les épisodes où ces ressources ont été activées et où j’ai su faire face à un changement, à un défi à relever.
- Le bénéfice secondaire de cette paralysie est de me persuader que je suis bien là où je suis, au sein d’un service et sur un poste que je connais bien, avec des habitudes bien familières et sécurisantes. Je ne suis pas capable de changer de toute façon !
- L’intention positive est alors de me faire prendre conscience des bénéfices-coûts de cette situation dans laquelle je décide de rester. C’est le jeu de la balance qui m’est demandée de réaliser. Tout changement n’intervient que s’il y a un inconfort et même une souffrance perçue de façon Si je pense régulièrement à changer de travail, c’est que l’inconfort tisse sa toile et je ne peux pas l’ignorer sauf à nier cette paralysie dans laquelle je m’enferme. Les coûts sont donc plus importants que les bénéfices d’une ouverture de réflexions.
Si je ressens un inconfort, c’est sûrement normal (je suis sur ce poste depuis longtemps, je peux m’ennuyer, j’ai d’autres besoins émergents, etc). A partir de l’instant où je n’en fais rien, je crée un problème et je me mens à moi-même en nourrissant mon ombre.
Quel est le 1er petit pas possible que je peux enclencher vers cet inconnu du changement sans peur et sans vertige ? Comment sortir de cette paralysie en bougeant ne serait-ce qu’un petit doigt ?
Auteur: Alessandra DE SALVATORE.